Je n'abandonne pas l'histoire de Casey mais cette nuit j'ai fais un rêve que j'avais vraiment envie de vous raconter. Cette fois, plus que les autres encore, j'ai brodé autour parce que c'était vraiment très flou, mais malgré tout ça me semblait suffisamment intéressant pour être raconté. Par contre il n'y aura jamais de suite, parce qu'au fond ce n'était jamais qu'un rêve hein.


 

Depuis plusieurs semaines du bétail et des serviteurs disparaissent chaque nuit. Personne ne voit rien, n'entend rien, aucun indice n'est laissé, aucune trace de sang, aucune poignée de cheveux arrachée dans aucune bagarre, aucun bruit, aucun chien qui aboie. Il n'y a que moi, moi qui ressent une présence hostile, comme si je traversais un nuage de fumée glacée, presque chaque nuit. Je sens qu'il vient pour moi, je l'entends qui m'appelle et qui m'invite à le suivre dans la nuit noire, dans la forêt sombre. Je ne l'ai jamais vu, personne ne l'a jamais vu, mais je le sais grand, maigre, habillé d'une cape ou d'un long manteau noir. Ses yeux sont perçants, son nez aquilin, il peut tuer sans suer, il possède un pouvoir jamais vu. Il me fait peur, me terrifie.
Toutes les nuits je me réveille en nage, je sais qu'il me cherche, qu'il arpente les rues, les écuries, le quartier des serviteurs en me cherchant. Il n'est encore jamais entré au château, j'en suis sure, mais la nuit dernière je l'ai senti se tenir devant la porte. C'était une nuit froide et il formait de petits nuages en respirant. Des petits nuages qui se sont heurtés à la lourde porte de bois derrière laquelle les gardes jouaient aux cartes. Son souffle a pénétré le bois et en est ressorti de l'autre coté. Il a senti ma présence comme j'ai senti la sienne et aujourd'hui il entrera et beaucoup de gens périront en tentant de l'en empêcher. A moins que personne ne s'en aperçoive et qu'il me trouve sans rencontrer la moindre resistance.
Et qu'il m'emporte avec lui.

Dans mon dos mes poils se hérissent, il ne m'aura pas, je le trouverais avant qu'il me trouve et je le tuerais. Je remonte la capuche de ma cape sur ma tête, enfouissant mon visage dans l'ombre et me mets à courir le long des bâtisses où dorment les serviteurs du roi, les serviteurs de mon géniteur.
Leur quartier est si sale en comparaison du palais mais du sol s’élève l'odeur de la pluie et elle est si forte qu'elle couvre toutes les autres. Je lui en suis reconnaissante. Je cours un peu puis m'arrête dans l'ombre d'un bâtiment, j'observe la rue vide et ne me remet en marche qu'une fois certaine qu'elle ne recèle aucun danger. J'avance ainsi plusieurs minutes durant sans croiser âme qui vive, les récentes disparitions terrifient les villageois qui se calfeutrent désormais chez eux à la nuit tombée. Mais malgré cela et les rondes effectuées par les gardes il manque quelqu'un à l'appel chaque matin, comme si ces gens et animaux s'était dissous au contact même de l'air.

Alors que je passe en trottinant devant l'enclos des cochons-loups j’aperçois six jeunes et leur mère allongés dehors. Ça m'énerve, pourquoi ne sont-ils pas rentrés? Ils constituent des proies de choix pour l'homme-ombre à rester là comme ça. Alors je m’efforce de faire du bruit, j"agite les bras, je grogne, je tache d’inquiéter la mère pour qu'elle rentre ses petits, mais tout ce que j'obtiens c'est de l'agiter. Elle s’approche de moi et me grogne dessus à travers la clôture. Elle saute d'un coté puis de l'autre, elle remue et me conseille clairement de rester à distance de sa progéniture, mais elle même s'en occupe à peine. Quand enfin, après de longues minutes, elle se calme et prend un des chiots dans sa gueule pour le rentrer j'ai l'impression que nous avons fait assez de bruit pour réveiller tout le village, en supposant que les villageois terrorisés soient encore en mesure de s'endormir, pourtant il n'y a toujours personne dans les environs. Je voudrais rester et m'assurer qu'elle les rentre tous mais je n'ai déjà que trop trainé et j'ai peur de voir débarquer les gardes. Je me faufile donc jusqu'aux écuries et attends. Un bruit, une impression, n'importe quoi.
Mais c'est le calme plat et au lever du jour il ne s'est rien passé, pas de bruit, pas de cris, pas de murmure ni même le moindre froissement d'air. Et surtout, pas de réveil en sursaut.
Je me faufile jusqu'au château sans me faire repérer. C'est plus simple que je ne l'avais crains. En passant devant la chambre de mes parents j'entends qu'elle est la scène d'une animation inhabituelle et, en tendant l'oreille, je comprends que mon oncle et ma tante ont résolut l'énigme gravée sur le coffre en bois que des serviteurs ont sortit des douves le matin de la première disparition et qu'ils pressent ma mère de l'ouvrir grâce à leur fantastique découverte. Mais il ne contient rien ce coffre, j'ai résolu l’énigme il y a 15 jours déjà et j'ai pu m'en rendre compte par moi même quand je l'ai ouvert, à l'abri des regards indiscrets. Rien, ni poussière ni eau, alors qu'il était encore immergé quelques heures avant. Pas même une inscription. Rien. Ils vont être bien déçu en s'en apercevant.

Plus tard dans la journée j'apprendrais que pour la première fois depuis deux semaines aucune disparition n'était à déplorer mais, fait étrange, qu'un jeune cochon-loup avait été retrouvé seul dans un box au matin, dans l'écurie où j'avais passé la nuit.


 

Et pour illustrer ça un défi de Sieu K sur le thème Supers Héros inutiles.
Personnellement je me ferais bien un poster de Supersil!

Procrastinator - Hésitatorman - Supersil par Vittaya C.